MUSICA MEDIANTE
Accueil du siteARCHIVES Musica Media N° 1-8, par Alexandra Musica Media N°4 avril 2006
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LA LEGENDE DE SAINT MOZART OU L’OPERA DE LA VIE.
mercredi 7 juin 2006

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Imaginons un instant qu’un compositeur contemporain veuille entrer dans la ronde de la commémoration des 250 ans de la naissance de Mozart ; gageons que, dans un souci de plus large diffusion commerciale, il ait l’idée de créer un spectacle (intitulé pompeusement « opéra ») qui s’inspirerait évidemment des derniers mois de la vie du musicien et de la légende du Requiem. Que serait cet « opéra », ou du moins son canevas ? La légende est si tentante, qu’on n’en voudrait pas trop au compositeur opportuniste d’en faire une adaptation ( très libre...) pour la scène...

L’ouverture aurait la tonalité sereine et profonde d’une des lettres de Mozart à son père. Cette lettre, écrite en 1787, dit ceci : « Comme la mort (pour la prendre exactement), est le vrai but de notre vie, je me suis, depuis quelques années, tellement familiarisé avec cette véritable et excellente amie de l’homme que son visage, non seulement n’a plus rien d’effrayant pour moi, mais m’est très apaisant et consolant ! je remercie mon Dieu de m’avoir accordé le bonheur [...] d’apprendre à la connaître comme la clef de notre vraie félicité ». La mort ouvre à l’homme nouveau. L’ouverture est une des clés du drame.

ACTE I

Vienne, Juillet 91, dans l’appartement des Mozart : Mozart met la dernière main au piano à un air de "La Flûte Enchantée". Il ne prête pas trop attention aux cris et aux pleurs de Franz-Xaver, son fils qui vient de naître. Constance, de retour de Baden, à peine relevée de couches, dépassée par tant de désordre accumulé en son absence, entame alors l’aria de la ménagère débordée : « Ah ! triste condition des femmes... ». Puis, Mozart a l’idée des arpèges de la flûte de Papageno ( variante : les arpèges du Glockenspiel). Dès qu’il les joue, Franz-Xaver cesse de pleurer.

On entend trois coups fermes frappés à la porte. Mozart va ouvrir. Un messager triste, maigre, vêtu de deuil lance son air de basse : « L’excellent musicien consentirait-il à composer une messe des morts ? » Air abasourdi de Wolfy. Récitatif : « - Qui t’envoie ? ». « - Je ne peux le dire, vous recevrez 50 ducats cash contre votre discrétion. »

Derniers préparatifs du départ pour Prague où Mozart doit se rendre (on vient de lui commander un opéra ). Madame Weber, belle-mère de son état , venue prêter main forte à sa fille Constance, est fort mécontente de la manière dont on tient (ou on ne tient pas bien) le ménage. Elle enrage, elle éructe : Mozart court au piano et compose en quatrième vitesse l’air de la Reine de la Nuit. Exit Mme Weber outrée, suivie de Constance qui hausse les épaules. Mozart, resté seul, cherche une partition , griffonne quelques notes et chantonne le chœur de l’« introït » du Requiem : « Et lux perpetuea luceat eis... » (que la lumière éternelle les illumine ). La lumière. Ou la Lumière ? Mozart sort ; il est en route vers l’Esprit.

ACTE II

Fin Septembre 91, dans un estaminet d’un faubourg Viennois. Entourant Mozart, une joyeuse troupe de musiciens et de chanteurs éméchés fête le succès de la première de "La Flûte Enchantée". Chœur des musiciens et chanteurs. Puis, duo Mozart- Schickaneder (acteur et ami de Wolfy, il joue le rôle de Papageno). Mozart, un peu pâle, mais gai, rapporte à son ami le mot de l’impératrice Marie-Louise d’Espagne (à la fin de la représentation de "La Clémence de Titus", à Prague) : « Porcheria tedesca » (cochonnerie teutonne) a t-elle déclaré ! ... ». Schickaneder : « Pa-pa-pa-pa / Pa-pa-pa-pa-pa-roles de truie... ».

Dans un coin sombre de l’estaminet, un homme triste, maigre, vêtu de deuil, observe le groupe. Aria : « Mon Maître est impatient, vaniteux et soupçonneux / Il attend « son » Requiem / Nuit et jour, je me fatigue à espionner / Je mange mal et je ne veux plus faire le larbin.... ». Puis il sort.

Lendemain matin. Mozart, cherche la partition du Requiem. Introuvable ! Il pique une colère monstrueuse et l’on ne peut ici rapporter par souci de convenance les paroles de son air. Puis il se calme et reprend le « Dies irae ». Excellente mémoire.

Octobre 91. Dans une église. Le messager, (vous l’aviez deviné, c’est lui, le voleur de la partition), après s’être confessé, négocie avec un prêtre-surveillant la vente de la première partie du Requiem. Récitatif : « Ton maître le comte Wallseg est-il maçon ? ». « Je ne sais ». « Connais-tu ce Mozart ? ». « Sans plus ». « Combien demandes-tu ? ». « Le prix de ma liberté ». Il faut préciser ici que dans les milieux catholiques bien informés, on s’inquiète du succès de "La Flûte" et de son message maçonnique... La proposition du messager tombe à pic. Ce Requiem est-il bien orthodoxe ? Il faut payer, voir et surveiller...

Quelque temps plus tard, chez Mozart. Il est ragaillardi par le « succès silencieux » de son cher opéra. Il écrit à sa femme, puis, pose sa plume, renifle un doux fumet. Aria (allegro) : « Mais que vois-je, que flairé-je... Don Primus avec les carbonnades que gusto... Et voici que je mange à ta santé... ». Entracte.

ACTE III

Selon la franc-maçonnerie, les trois composantes et forces de l’homme sont : le corps, l’âme, l’Esprit . "Die Zauberflöte" chante leur voyage. Sur scène, ces trois éléments seront figurés par trois décors disposés sur trois niveaux.

Premier niveau (le corps) : On verra Mozart en compagnie de Constance, assis sur un banc tout près d’un lac gelé. La maladie s’est emparée du corps de Wolfgang, (nous sommes en Novembre 91). Aria : « Je ne sens que trop que je n’en ai pour longtemps. On m’a sûrement empoisonné. Je ne peux me défaire de cette idée... ». Il sait que son corps va quitter la vie naturelle. On entend le « Confutatis » chanté a capella par un quatuor : « Cor contritum quasi cinis, gere curam mei finis » (Le cœur brisé et comme réduit en cendre, prenez soin de mon heure dernière.). Pourtant, le cœur s’élève à la force de sa musique. Le couple se lève et monte des marches bordées de flammes.

Second niveau (l’âme) : cette partie de la scène sera inondée de lumière. On entendra seulement des chuchotements échangés entre Mozart et Süssmayr (son élève), tous deux assis et tournant le dos au public. Mozart fera des gestes tels qu’on comprendra qu’il sait son Requiem tout entier. Süssmayr note, Mozart lui souffle les premières mesures du « Lacrimosa ». Puis, il s’interrompra. Un beau visage de femme apparaîtra sur un écran au fond de la scène. Elle semblera à l’écoute d’une musique, mais le public n’entendra qu’un son très lointain.

Troisième niveau (l’Esprit) : une palmeraie (c’est, dans les mystères, le seuil vers la résurrection de l’âme). On verra s’agiter les feuilles d’or des arbres sous l’effet du vent. Des feuillets de partitions s’envoleront et se disperseront sur scène. L’on pourrait entendre alors la puissante et sublime Maurerische Trauermusik K477 (musique de deuil des francs-maçons, composée par Mozart en 1785).

 

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