MUSICA MEDIANTE
Accueil du siteARCHIVES Musica Media N° 1-8, par Alexandra Musica Media N°3, édition des IV° MELTIQUES, Novembre 2005
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LE COMBAT DE FEDERICO GARCIA LORCA POUR LE "CHANT PROFOND"
mercredi 14 décembre 2005

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A vingt-trois ans, Federico Garcia Lorca, en bon espagnol, apprend à jouer de la guitare. Tous les après-midi, il retrouve ses maîtres, le Lombardo, "un gitan merveilleux", et Francisco de la Fuente, "un autre gitan splendide". Le jeune homme dit de ces deux là qu’ils "chantent d’une façon géniale, atteignant le plus profond du sentiment populaire". L’initiation au "Cante Jondo" (chant profond ) est une fascination.

En même temps, l’amitié de Federico avec Manuel de Falla le guide plus loin encore dans l’investigation de la culture populaire espagnole : il découvre les Cancioneros (poèmes lyriques) de Felipe Pedreli, de Damasco Ledesna, de Federico de Olmeda. Mais surtout, il s’éprend du flamenco. Considéré alors comme un art mineur, le flamenco est d’autant plus méprisé qu’il est pratiqué par une population marginale et marginalisée. Initié par ses maîtres gitans, Lorca désire le hisser au rang d’un véritable langage poétique, un art capable de signifier au plus haut degré l’âme de l’Andalousie. Tentative de revaloriser le sentiment nationaliste ? Peut-être pas tout à fait. Pour Lorca, le chant flamenco, dans sa substance poétique contient à lui seul les traces fascinantes des mythes méditérannéens et universels. Reste à le réinventer.

Le création à Grenade en 1922, à l’initiative du poète et de son ami de Falla, du premier concours de Cante Jondo est un évènement extraordinaire. Gitans, cantaores (chanteurs), danseurs, danseuses, musiciens, intellectuels, écrivains se rencontrent, venus de tous les coins de l’Espagne. Durant trois nuits, la foule écoute en silence les cantaores " lancer au vent les vieilles essences endormies,enveloppées dans leurs voix" (Lorca). Le vieux cantaor Bermuedez fit le voyage à pied de Séville à Grenade : " dans la soixantaine, les yeux larmoyants et un poumon enfoncé dans la cicatrice d’un coup de poignard, momie des tavernes andalouses, mais avec une voix de tonnerre"

Lorca évoque, lors d’une conférence qu’il donne pendant le concours, l’âme de Cante Jondo :" le flamenco reflète dans sa brillante profondeur toutes ces formes artistiques, immédiates et irréfléchies, cassant ainsi les canons de beauté équilibrée". L’art dyonisiaque, défini par Nietzche comme ivresse et extase reprend ses droits. Falla lui même dit ce saisissement extatique, citant le témoignage d’une vieille gitane rencontrée lors d’une procession de la vierge de la Macanera : "elle tombe à genoux et la saeta (prière déchirante) jaillit de sa gorge spontanément parce qu’elle oublie tout et tout le monde". Quant aux origines du Cante Jondo, elles sont le fruit d’un métissage entre des "éléments ancestraux andalous et les propres éléments ancestraux" des gitans persécutés au 15° siècle et dispersés en Espagne et en Europe. Pourquoi "Jondo" ? " c’est profond, véritablement profond, plus encore que tous les puits et toutes les mers qui entourent le monde, beaucoup plus profond encore que le coeur actuel qui le crée et que la voix qui le chante, parce qu’il est presque infini. Il vient des races gitanes taversant le cimetière des années et les frondes des vents fanés. Il vient des premières larmes et du premier baiser".

En même temps, Lorca fait remarquer l’extrême malléabilité de ces formes poétiques chantées qui " ne sont de personne et que chaque génération habille d’une couleur différente".

Il revenait au poète-musicien de se saisir du Cante Jondo et de livrer à son siècle troublé ces chants du coeur déchiré, happé par les mystères de la mort, du sang, du sexe, de l’amour disparu. La vie de la souffrance y est déclinée par une scène concrète et énigmatique, qui aimante par son rythme brûlant et fulgurant, et sonde les "ultimes chambres du sang".

Note : les poèmes de Garcia Lorca mis en musique par Mario Castelnuovo ( et chantés par le Choeur Mixte le 23 Novembre à MONTFERRAND, à la Maison de L’Eléphant à 20H30 sont extraits pour certains du Cante Jondo. Seule la Balladia de los Tres Rios est extraite du Romancero Gitano. Sources : article de Revista TABLAO sur Garcia Lorca et le livre Manuel de Falla par Martine CADIEU ( éditions Séguier).

 

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