MUSICA MEDIANTE
Accueil du siteARCHIVES Musica Media N° 1-8, par Alexandra Musica Media N°2 - juin 2005
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D’une Messe considérée comme un péché (au sujet de La petite Messe Solennelle de Rossini)
lundi 19 septembre 2005

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D’UNE MESSE CONSIDEREE COMME UN PECHE

Douze chanteurs des trois sexes, hommes, femmes et castrats seront suffisants pour son exécution, savoir : huit pour les choeurs, quatre pour les solos, total : douze chérubins. Bon Dieu, pardonne-moi le rapprochement suivant ; douze aussi sont les apôtres dans le célèbre Coup de mâchoire, peint à fresque par Léonard dit « La Cène », qui le croirait ? Il y a parmi tes disciples de ceux qui prennent de fausses notes ! Seigneur, rassure-toi, j’affirme qu’il n’y aura pas de Judas à mon déjeuner et que les miens chanteront juste et "con amore" tes louanges et cette petite composition qui est hélas le dernier péché mortel de ma vieillesse. Passy, 1863

Vous venez de lire la page de titre de La Petite Messe Solennelle rédigée par Gioacchino Rossini à Passy en 1863 : un peu de sacré (la référence à la Cène est explicite), un peu de salé et de sucré ( il était prévu de servir un dîner aux invités entre deux parties ), un peu de sexe ( contrairement à Dieu, Rossini pense qu’il existe trois sexes ),un peu de piété ( à 72 ans, il est peut-être temps de songer à chanter les louanges du Christ . Notez que, dans cette exquise parodie biblique, Rossini épargne à Jésus la présence du traître Judas ( d’où l’expression codée « c’est un Judas » dans les cercles lyriques pour désigner un mauvais chanteur .)

Une longue éclipse musicale, pourtant, précède cet étonnant préambule : le dernier opéra de Rossini, Guillaume Tell date de 1829. Les spécialistes se sont évidemment penchés sur de si longs adieux à la scène : surmenage, dépression, procès en tous genres, ingrate Restauration qui n’allouait plus de pension, déferlante sur les scènes d’Europe des sombres drames romantiques, déclin de l’opéra buffa. La résurrection a lieu sur le tard : les titres de certaines pièces des fameux "Péchés de Vieillesse" : « Hachis romantique », « Prélude prétentieux », « Valse antidansante », « Fausse couche de polka mazurka », font entendre au cœur d’un XIX° siècle alourdi par la mode du pathos et du sublime, l’ironie salvatrice de la blague musicale (chère au XVIII° et, beaucoup plus tard, à Erik Satie). La Petite Messe solennelle est de l’aveu du maître, son dernier « péché ». Il n’est pas sûr, en effet, d’avoir bien obéi aux canons de la musique sacrée de son époque : « Bon Dieu, la voilà terminée cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée que je viens de faire ou de la sacrée musique ? J’étais né pour l’opéra buffa, tu le sais bien ! Un peu de science, un peu de cœur, tout est là. Sois donc béni et accorde moi le Paradis. ». Emouvante requête, teintée de nostalgie : difficile de faire le deuil de la folle gaieté des opéras de jeunesse. Mais à l’âge où l’on se doit de rendre des comptes à Dieu, Rossini s’amuse (cœur et science mêlés) à tordre un peu le cou au sacré sérieux. Le vieux singe de Pesaro, comme il aimait s’appeler, avait compris que, désormais, le Paradis ne se gagnait plus à l’aune des grands-messes.

Les Péchés de Vieillesse sont constitués de quatorze albums de petites pièces de musique de chambre. Illustration : auto-caricature de Rossini

 

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