MUSICA MEDIANTE
Accueil du siteMUSICA MEDIA : ESPACE JOURNAL MUSICA MEDIA N°9, février 2009
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jeudi 4 février 2016
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MUSICA MEDIA N°9 - Décembre 2008
Autour de Rossini
vendredi 30 janvier 2009

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A la Maison de l’Eléphant, le jeudi 20 novembre 2008

"Autour de Rossini"

Tel était le thème de la conférence que, le 20 novembre, devait donner Roland Duclos initialement. Mais celui-ci étant empêché, c’est finalement à Pablo Pavon et à Bernard Dumoulin, qu’est revenue la tâche d’évoquer quelques aspects de la vie et de l’œuvre du musicien.

C’est le contexte historique de la vie de Rossini, né en 1792, en Italie du Nord, que B. Dumoulin présenta d’abord : époque troublée en Europe, marquée notamment par les révolutions de 1830 et 1848. Une fois terminées ses années d’apprentissage musical, c’est dans ce contexte, que Rossini, partit à la conquête de son public en donnant la priorité à la composition d’opéras, comiques ou "sérieux". De 1810 à 1815, il conquiert le public de l’Italie du Nord (Venise, Bologne, Milan), tout en imposant, non sans mal, face au culte traditionnel de la pure virtuosité vocale des chanteurs, le souci d’une orchestration riche, inspirée des œuvres de Mozart et de Haydn, par exemple dans "Tancrède" et "L’Italienne à Alger". Le jeune maestro s’installe ensuite à Naples (1815-1821) d’où il va gagner l’enthousiasme du public de Rome et de l’Italie du Sud, grâce notamment au "Barbier de Séville" et à "La Cenerentola", qui après une première représentation mal accueillie, conquièrent un vaste public.

C’est ensuite l’Europe qui le réclame et le fête (1822-1830). Il est invité à Vienne, où il rencontre le vieux Beethoven, à Londres et surtout à Paris où il décide de vivre. Partout le public, mais aussi les cours royales se passionnent pour lui. En France, il célèbre le sacre du roi Charles X, dans son opéra "Le voyage à Reims", tout en négociant âprement, en 1829, une rente à vie, qu’il n’obtient qu’en menaçant de ne pas achever son 40ème opéra : "Guillaume Tell" ! Ainsi lié à Charles X, il "tombe" avec lui un an plus tard : c’est la révolution de 1830, qui le renvoie en Italie ! C’est un tournant capital dans sa vie : à 38 ans, il décide de prendre une sorte de retraite anticipée : il n’écrira plus d’opéra. Ce qui ne l’empêche pas de composer encore abondamment, notamment le "Stabat Mater".

Mais cette retraite est troublée par les Révolutions de 1848 : il est chassé de Bologne, pour sa collusion avec les monarchies d’Autriche et de France. C’est finalement à Paris qu’il revient en 1855, passer la dernière partie de sa vie, riche en fêtes et en rencontres, notamment avec Wagner et Verdi. Sa mort, en 1868, peu de temps après avoir composé sa "Petite Messe", provoque un évènement musical, car c’est pour honorer sa mémoire que Verdi lance la composition de ce qui deviendra son célèbre "Requiem".

Il revenait naturellement à Pablo d’insister davantage sur la musique de Rossini à travers un exposé qui mêlait harmonieusement extraits musicaux et commentaires passionnants, relatifs aux deux œuvres mises à l’honneur au concert de clôture du 23. Elles ont en commun d’aborder deux figures analogues de la femme dans l’épreuve : la Jeune Fille (Cendrillon, "la Cenerentola") et la Mère (dans le "Stabat Mater").

Il présenta d’abord la structure musicale de l’Ouverture de la Cenerentola, avec son orchestration légère de type mozartien, avec l’alternance de mouvements majestueux et d’allegros "pétillants" qui révèlent la richesse rythmique et dynamique de la musique de Rossini, et aussi avec ses fameux et impressionnants "crescendo", que l’on retrouve souvent dans ses compositions.

Mais c’est au "Stabat Mater", créé à Paris en 1842 dans sa forme définitive, que Pablo consacra l’essentiel de son intervention. L’orchestration s’y enrichit en "cuivres", qui apportent plus de puissance. Divisée en 10 numéros, dont le premier et le dernier se répondent de façon pleinement cohérente, cette œuvre réalise une synthèse étonnante de la théâtralité de l’opéra italien - où le compositeur a naguère excellé avec ses 40 œuvres lyriques - et de la musique sacrée qu’impose le texte de Jacopone da Todi, qui est un des grands classiques de la tradition catholique. Cette synthèse est facilitée par le fait que la religiosité italienne comporte déjà une grande part de mise en scène théâtrale. Cela apparaît dans toute l’œuvre, en particulier dans le N° 2 avec l’aria du ténor soliste, que fit écouter Pablo, et qui semble sortir tout droit d’un opéra. Toujours à l’aide d’extraits musicaux, le conférencier fit apparaître cette expressivité théâtrale, de façon très convaincante, pour chaque Numéro : dans le premier, la montée mélodique exprime la montée du regard de Marie vers le corps de son fils suspendu à la croix, comme le duo du N° 3 évoque irrésistiblement la coulée des larmes de la "mater dolorosa". Dans les numéros 4, 6 et 10, il fait observer l’importance de trois accords répétés répétés,qui symboliquement évoquent la Trinité chrétiennes. Quant au n° 8, Pablo y fait entendre, dans le martèlement obsédant du "in die judicii", l’analogue du "Dies Irae" terrifiant des grands "Requiem". Enfin, la fugue finale du N° 10, "In sempiterna. Amen", exprime magnifiquement par son tourbillon flamboyant, l’éternité promise au croyant dans le paradis.

 

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