MUSICA MEDIANTE
Accueil du siteARCHIVES Musica Media N° 1-8, par Alexandra MUSICA MEDIA N° 8. Autour de "La Passion selon Saint-Matthieu" de Bach, février 2008
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jeudi 4 février 2016
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Interview de Simon Jaunin ,baryton : "Un Christ sans barbe ni auréole"
jeudi 7 février 2008

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Simon,comment as-tu imaginé le personnage de Jésus dans la Saint -Matthieu ?

C’est évidemment assez difficile d’aborder ce rôle... J’ai essayé de le faire très naïvement, je ne voyais pas d’autre solution. Pour moi, ce qui a été le plus marquant dans la préparation, c’est de voir le film "L’Évangile selon saint Matthieu" de Pier Paolo Pasolini, un film magnifique du début des années 60, et pas du tout provocateur comme on pourrait le croire, vu la réputation sulfureuse du cinéaste. Je pouvais ainsi visualiser chacune des scènes que j’avais à chanter. Dans ce film, le Christ est un jeune homme assez exubérant, absolument tranchant, et qui n’a ni longue barbe, ni auréole.

Es-tu d’accord avec moi pour dire que ce personnage a une dimension plus tragique que dans la Saint Jean ? C’est lui qui dès le début annonce sa propre mort, le reniement de Pierre...Tandis que dans la Saint Jean on entre de plain-pied dans le drame, il n’y a pas cette construction tragique.

C’est probablement vrai, la Saint-Jean est moins théâtrale, plus sobre, plus intérieure, que la Saint-Matthieu. L’effectif y est plus réduit aussi. Par exemple, les récits du Christ de la Saint-Matthieu sont plus enflammés, moins contemplatifs que ceux de la Saint-Jean. Et ce n’est pas pour rien (à la différence de la Saint-Matthieu) que la Saint-Jean se termine par un simple choral (mais le plus beau de tous) : l’une recherche plutôt la simplicité, l’unité et l’autre plutôt le tragique, le drame.

Tu connais cette œuvre depuis longtemps puisque tu m’as dit l’avoir chantée en tant que choriste. Quels sont les passages qui te touchent le plus ?

Je l’ai chantée pour la première fois comme choriste à 17 ans, avec le chœur de mon collège et je dois dire que ce fut une expérience assez décisive. Mon air préféré de cette Passion est le dernier air de la basse, en particulier son récitatif, qui décrit la tombée de la nuit, et qui est bouleversant car il est à la fois si triste et si gai. Mais ici plus qu’ailleurs, c’est dans leurs enchaînements que les choses deviennent belles. Le chœur final, par exemple, ne prend tout son sens que quand on l’écoute, ou le chante, un peu groggy, après les 2h45 de ce qui précède...

Peux-tu nous parler du rôle de Servo que tu as chanté, et de l’écriture de cet opéra de Sciarrino inspiré de la vie de ce génial et mystérieux compositeur qu’est Gesualdo ?

C’est un rôle que j’ai chanté a plusieurs reprises. Sciarrino est un compositeur italien d’aujourd’hui qui sait créer des atmosphères magiques, tragiques, mais sans lourdeur, entre minimalisme et maniérisme. Il crée ainsi son propre style absolument poétique et inédit. Je chante dans cet opéra le rôle du traître, le serviteur de Gesualdo : celui qui voit, puis dénonce l’adultère de sa femme, et qui conduit au drame : un double meurtre. Une des plus belles scènes de cet opéra est celle ou Gesualdo dit à son serviteur qu’il aurait tant préféré ne pas connaître la vérité, car il sait trop ce qu’elle implique pour lui : bien pire que sa propre mort, la mort de celle qu’il aime.

Tu vas jouer au théâtre dans Roméo et Juliette. Es-tu Roméo ?

Non, non, je ne vais pas jouer Roméo, je crois que je suis trop vieux pour ça, car c’est vraiment un jeune homme de 20 ans dans le pièce de Shakespeare. Je serai Paris, l’homme que Juliette devait épouser avant de tomber amoureuse de Roméo... Je n’aurai donc pas le beau rôle... Par chance le rôle dans la pièce originale est beaucoup plus intéressant que dans l’opéra de Gounod, où il est quasi inexistant... C’est un travail qui durera trois mois entre les répétitions et les spectacles. Et c’est ce que j’aime au théâtre : on joue tous les soirs et cela dure longtemps !

Propos recueillis par Alexandra.

Photo : Simon Jaunin, baryton et Celia Cornu, soprane

 

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