MUSICA MEDIANTE
Accueil du siteARCHIVES Musica Media N° 1-8, par Alexandra MUSICA MEDIA N°7, édition des VI ° MELTIQUES, décembre 2007
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jeudi 4 février 2016
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REQUIEM de VERDI à la Cathédrale : interview de Catherine Cardin, mezzo
mardi 5 février 2008

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Il semblerait que le Requiem de Verdi soit une œuvre avec laquelle vous, votre voix, ayez beaucoup d’affinités....Est-ce seulement une impression ?

Non, ce n’est pas une impression. J’ai longtemps refusé cette œuvre qui me faisait peur et qui était abordée par de très grands chanteurs. Un jour de 1990, j’ai cédé aux pressions d’un ami chef d’orchestre, Jean-Pierre Loré et j’ai affronté cette partition la peur au ventre, car à mes côtés se trouvaient des "grosses pointures", Michèle Command, soprano, Tibère Raffali ténor puissant, et la voix colossale de Louis Hagen William. Je me sentais toute petite ! Les critiques ont été très bonnes et je me suis lancée dans l’œuvre plus avant. Le décès de mon père (baryton martin) est survenu un six juillet et une tournée de Requiem de Verdi a suivi du onze au vingt juillet dans le sud de la France. Il m’a fallu trouver toutes les ressources en moi pour ne pas m’effondrer en chantant et je dois dire que les choristes m’ont apporté un soutien sans faille, palpable à chaque fois que je me levais pour chanter. La concentration sur la portée du texte m’a fait dépasser ma douleur et je me sentais investie d’un rôle, celui de transmettre cette paix éternelle pour nos morts et surtout dans le dernier numéro que je chante Lux aeterna où je réclame la lumière divine pour nos morts. Quelle belle façon de prier n’est-ce pas ? Merci monsieur Verdi d’avoir donné ces plus belles phrases à la mezzo pour une fois !!! C ’est toujours le soprano verdien qui remporte la gloire, ce n’est que justice. Je chante tout dans ma tête ou avec mes lèvres et je suis du début à la fin avec nous tous, je dis bien nous tous. Que faire d’un Lacrimosa si on n’attend pas le Sanctus , que faire de l’ Agnus s’il n’y avait le Libera me ! quelle joie de partager ces moments avec de nouvelles personnes, vous les choristes votre chef et les musiciens. Merci.

Est-ce de Régine Crespin avec qui vous vous êtes perfectionnée que vous tenez ce sens de la diction ?

Depuis que je suis toute petite, j’écoutais mon père chanter les opéras à la maison, tout en français bien sûr, et moi je l’accompagnais au piano ; nous "duottions" tout le dimanche après-midi ! Pas de télé, pas d’ordi, pas de magnéto, mais des disques ; papa était "fan" (trop moderne, ce mot pour lui) de Georges Thill ! Pas mieux comme école de diction. J’ai aussi beaucoup appris avec Manuel Rosenthal sur cette façon de dire les textes plutôt que de les chanter. Avec Régine, j’ai surtout travaillé les mélodies de Berlioz, car elle était une référence en la matière, mais c’était une femme difficile et pour elle je chantais tout trop fort !! Les plus grands interprètes ne sont pas les meilleurs pédagogues !

Vous avez abordé au cours de votre carrière des œuvres de compositeurs peu connus du grand public comme Humperdinck, Gabriel Pierne. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ces compositeurs et leurs ouvres, en particulier en quoi ceux-là vous ont intéressée vocalement et musicalement ?

Le rôle de la vilaine maman dans Hansel et Gretel que tout le monde connaît sous forme de conte est un opéra qui est très connu, surtout dans la région de l’est de la France. J’ai adoré faire cette tournée deux ans de suite l’été en opéra de rue, c’est à dire où l’on emmène le public dans la nature comme une ballade nocturne. Vocalement , c’est pile mon registre de Mezzo (si bémol grave au si bémol aigu !). Mon amour de la musique française m’a conduit vers une audition pour le rôle de la vierge Marie dans l’oratorio de Pierné et je déplore qu’on n’écoute plus ces œuvres de grande envergure.

Pourriez-vous enfin nous faire part de vos impressions à l’issue de ces deux concerts du Requiem de Verdi ?

Le premier contact que nous avons eu le vendredi dans cette grande bâtisse dans ce froid manqua pour moi de chaleur humaine. J’étais partagée entre le désir de me tourner vers vous et de chanter pour vous, et le désir de prendre ma place à côté de Marie-Noëlle et du chef que je ne connaissais que deux heures avant. Quelle est sa gestique, comment respire-t-il avec les chanteurs, quelle est sa conception de l’orchestre ?...Position instable. Le lendemain, effervescence du concert personne ne m’adresse la parole ; peut-être ne suis-je pas appréciée ? Le chef m’a dit qu’il était content et qu’il restait à faire encore mieux pour ce concert. On est mal installés dans cette sacristie glaciale, les choristes font la queue pour un dernier pipi, je suis dans mon coin, quelques sourires passent, deux mains viennent toucher ma robe, un « merci, c’est beau votre voix... ».

Ouf ! ça commence à passer. Bon concert. J’envoie des sourires et le miracle se produit petit à petit. La première phrase qui était inaudible à la générale vient vous chercher au fond de vous comme un secret chuchoté, l’ambiance est tout de suite là ! Bravo les chœurs ! le déferlement de fureur sera sans précédent laissant les spectateurs des premiers rangs figés, la bouche ouverte, incrédules. oui c’était très impressionnant. J’ai osé un Lacrimosa ténu, douloureux mais pas pathétique et vous avez enveloppé ça d’un baume de compassion. C’était très émouvant. Quant au Sanctus , je l’aurais souhaité plus allant comme le chef l’avait refait à la générale, mais peut-être que les conditions d’éloignement du chef ont fait que le tempo était plus retenu donc moins éclatant. Bravo aussi pour cette sublime partie à capella avec Marie-Noëlle, c’est toujours pour moi un ravissement. Je sentais que nous avions tous pris le même bateau. Merci pour chacun d’entre vous. Le concert du lendemain était plus chaleureux car les choristes ont su manifester leur joie, et l’endroit plus accueillant nous a porté aussi. J’ai regretté de partir comme une voleuse mais les quatre cents trente kilomètres et le brouillard ont eu raison de moi. Si vous en avez l’occasion, dites aux choristes combien j’ai hâte de retrouver leur beau travail et qui sait peut-être lors d’un stage d’été en retrouverais-je un noyau. Mes amitiés à tous.

Propos recueillis par Alexandra

 

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