MUSICA MEDIANTE
Accueil du siteARCHIVES Musica Media N° 1-8, par Alexandra MUSICA MEDIA N°7, édition des VI ° MELTIQUES, décembre 2007
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CONFERENCE DE ROLAND DUCLOS : "Une messe funèbre à l’usage des vivants"
vendredi 4 janvier 2008

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Le jeudi 22 novembre, Roland Duclos, l’érudit critique musical bien connu à Clermont et dans toute notre région, donnait, à « La Maison de l’Eléphant » à Montferrand, et dans le cadre des « Meltiques », une conférence consacrée à Verdi. Parsemée d’anecdotes souvent pittoresques et d’extraits musicaux du Requiem, elle fut, pour les auditeurs, une introduction pour le concert de la cathédrale du surlendemain. En voici quelques points forts.

La genèse du Requiem

Roland Duclos rappela d’abord les lointaines origines de la « Messe des morts », cérémonie catholique issue du Moyen Age qui inspira d’innombrables compositeurs de « Requiem », depuis Lassus, Palestrina, Morales, jusqu’à Fauré et Duruflé, en passant par Mozart, Cherubini et bien d’autres. Mais celui de Verdi est d’abord à situer dans le contexte italien de la mort de Rossini, en 1868, qu’il admirait profondément. Il envisagea alors de faire exécuter l’année suivante, à la mémoire de Rossini un Requiem composé par douze compositeurs italiens, dont lui-même, qui se chargeait du « Libera me » final. Par delà l’originalité musicale d’une œuvre aussi composite, il s’agissait de symboliser la vitalité de l’unité italienne par cette convergence vers un but commun. Mais cette œuvre complexe, une fois composée, ne fut jamais exécutée. Pourtant Verdi ne s’était pas mobilisé en vain. L’idée d’un nouveau Requiem s’imposa à lui à la mort du grand poète et patriote Manzoni, « le Victor Hugo de l’Italie », en mai 1873. Trop bouleversé pour participer aux obsèques, il décida de lui rendre hommage en composant cette œuvre à partir du « Libera me » de la composition précédente. Et c’est dans un Paris encore tragiquement marqué par la sanglante répression de la Commune qu’il écrivit fiévreusement ce nouveau Requiem. Il fut créé un an plus tard à Milan, puis donné dans toute l’Europe, aussi bien à Paris, à Vienne qu’à Londres, où il fut chanté par 1200 choristes, recueillant chaque fois un immense succès populaire, tempéré seulement par des critiques de journaux parfois plus favorables à la musique de Wagner.

« Une messe funèbre à l’usage des vivants »

Composer de la musique religieuse allait de soi pour un ardent chrétien comme Jean-Sébastien Bach. Mais, se demande Roland Duclos, comment un incroyant comme Verdi allait-il traiter cette Messe des morts catholique, pleine de références au Jugement dernier, à la résurrection, à la miséricorde divine, auxquels il ne croyait pas ? D’abord Verdi savait que Manzoni, à qui cette œuvre était dédiée, était un croyant fervent, dont il voulait pleinement respecter et exprimer la foi. De plus, il prit le parti de privilégier, dans cette cérémonie religieuse, la dimension humaine, le chant douloureux et pathétique de l’homme, confronté au mystère tragique de la mort. Au lieu de prier pour les morts, il s’agit là, dit Roland Duclos, d’une messe funèbre à l’usage des vivants, où s’expriment le désarroi, la tension violente de la vie face à l’inconnu de la mort, le combat de chacun et de Verdi lui-même, face à l’issue inexorable. C’est que la musique transfigure ce destin, et donne son sens à la vie, par la grâce d’une œuvre capable de défier la mort, en survivant à son auteur et à ses auditeurs du moment. S’appuyant sur un texte du compositeur contemporain Pascal Dusapin, auteur lui aussi d’un Requiem, Roland Duclos montre que pour le musicien, composer n’est pas convaincre ou convertir. Il s’agit, et c’est là le paradoxe de l’inspiration, d’une recherche à tâtons, dans le noir, pour questionner et exprimer l’inconnaissable : le mystère de la mort qui renvoie au mystère de la vie. C’est ce qui donne tout son sens à la création musicale, et en particulier au Requiem de Verdi.

Bernard Dumoulin

 

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