MUSICA MEDIANTE
Accueil du siteARCHIVES Musica Media N° 1-8, par Alexandra MUSICA MEDIA N°6, septembre 2007
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jeudi 4 février 2016
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STAGE D’ETE : BACH AUX MONTS DORE
mardi 4 septembre 2007

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LA CANTATE BWV 4 DE J.S. BACH : “Christ lag in Todesbanden”

Jean-Sébastien Bach (1685-1750) a composé plus de trois cents cantates, dont environ deux cents nous sont parvenues. Elles correspondent, si l’on met à part quelque cantates profanes, à un de ses objectifs essentiels : « se consacrer à une musique d’Eglise régulière en l’honneur de Dieu. » Avant de pouvoir enfin réaliser ce but à Leipzig, à partir de 1723, en composant une cantate différente pour chaque dimanche et chaque jour de fête, pour cinq années liturgiques, il eut quelques occasions de produire ses premières cantates, lors de son bref passage à Mühlhausen en 1707-1708.

La cantate BWV 4 date de cette époque. J.S. Bach n’a alors que 22 ans. En 1724, elle sera légèrement modifiée. Malgré son titre tragique « Christ lag in Todesbanden » (Christ gisait dans les liens de la mort), elle fut composée pour la fête de Pâques. Elle combine d’une part des aspects anciens : une mélodie grégorienne du XII° siècle, qui sert de thème musical omniprésent et de « cantus firmus », un texte écrit par Luther en 1524 pour un cantique de sept strophes, et des influences musicales diverses, d’origine italienne et française mais surtout de Buxtehude, « le père musical de Bach », et d’autre part, des aspects novateurs dans l’écriture musicale, qui témoignent du génie constamment inventif de l’auteur et qui annoncent les œuvres de la maturité, si bien que comme toutes les autres, cette cantate est une création vraiment singulière. Elle est composée de huit parties dont chacune constitue une variation sur le thème musical commun.

La première partie (« sinfonia ») est un prélude orchestral qui, tout en esquissant le thème grégorien, suggère musicalement les deux faces de l’œuvre : la douleur funèbre de la mort du Christ et la joie de sa résurrection. Les sept autres parties correspondent aux sept versets du cantique de Luther, dont le texte commande strictement l’écriture musicale destinée à l’illustrer de façon expressive. Ces sept parties sont construites de façon parfaitement symétrique : le chœur à quatre voix apparaît pour le premier verset, le dernier et le verset médian ; les duos pour les versets 2 (soprano alto) et 6 (soprano ténor), et les arias solo pour les versets 3 (ténor) et 5 (basse). Chaque partie s’achève par un Alléluia qui exprime la primauté de la vie sur la mort. Le premier verset, chanté par le chœur, évoque d’abord la mort du Christ, « sacrifié pour nos péchés », mais déjà sur un rythme rapide et léger, qui, après une descente chromatique douloureuse, remonte soudain en un chant de triomphe à l’annonce de la résurrection, célébrée par un Alléluia plein d’allégresse. Pourtant, le duo soprano alto, à travers le second verset, est centré sur la mort (« den Tod » plusieurs fois répété), le péché et un désespoir accablant, qui affecte même l’Alléluia final, étrangement triste. Mais le ténor y répond (verset 3) par une joyeuse évocation de la résurrection et du salut, alors que dans le centre de l’œuvre - c’est la quatrième strophe - le chœur entier chante en canon, « l’étrange guerre de la mort et de la vie » et la défaite finale de la mort. Dans la strophe 5, la basse solo, revient, avec l’évocation de « l’immolation de l’agneau pascal », sur la douleur et l’angoisse, et fait alterner musicalement l’espoir et le désespoir qu’efface finalement l’Alléluia. Le duo soprano - ténor célèbre ensuite, en canon, la fête de la lumière pascale, avant que le choral final, moment de prière et de recueillement collectif, proclame le salut du croyant nourri par « la juste galette de Pâques », c’est-à-dire par la parole et la grâce divines. On ne peut qu’admirer dans cette cantate la conjonction d’une profonde unité musicale qu’apportent le thème grégorien et la constante tonalité en mi mineur, et de très grands contrastes de tempos, de rythmes, d’atmosphères, illustrant et exprimant l’alternance toujours recommencée de la douleur et de la joie.

Bernard Dumoulin

 

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