MUSICA MEDIANTE
Accueil du siteARCHIVES Musica Media N° 1-8, par Alexandra MUSICA MEDIA N°6, septembre 2007
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jeudi 4 février 2016
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ORATORIO DE NOËL DE BACH : interview de SIMON JAUNIN, baryton
mardi 4 septembre 2007

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Il y a quelque chose dans votre parcours de chanteur qui doit faire pâlir d’envie vos collègues : vous avez suivi les masterclass d’une certaine Elisabeth Schwartzkopf. Quel souvenir gardez vous de ces masterclass et d’Elisabeth Schwarzkopf en tant que professeur mais aussi en tant que personne ? Que vous a t-elle apporté ?

Effectivement, c’était une chance de rencontrer cette immense chanteuse, et un défi aussi, car elle disait vraiment ce qu’elle pensait, et elle avait un sacré tempérament ! Elle ne s’intéressait pas tant que ça au travail technique, mais surtout à l’interprétation, au respect du texte. J’ai travaillé des airs de Mozart avec elle, et son travail était basé sur la flexibilité, la construction dramatique des airs : comment toujours renouveler l’articulation, ne jamais redire les phrases de la même manière, lors des reprises par exemple, et ne pas se laisser dominer par la recherche du son. Chanter ne suffisait pas, il fallait dire le texte avant tout. Elle ne faisait aucun compromis. Et elle mettait à la porte les chanteurs qu’elle n’aimait pas ! Ce ne fut pas mon cas, mais je dus travailler dur pour commencer à la convaincre !

Depuis une dizaine d’années, vous avez chanté de nombreux rôles à l’opéra. Y en a t-il parmi eux certains auxquels vous vous êtes particulièrement attaché ?

J’aime l’opéra avant tout. J’ai besoin du travail sur scène pour vraiment me sentir à l’aise, pour comprendre un rôle, un compositeur. Je trouve le concert beaucoup plus difficile, presque plus théorique. A l’opéra, on répète un mois ou deux. On a le temps de progresser, de prendre ses marques. Les rôles que j’ai préféré chanter, c’est probablement Pelléas et Papageno. Le premier, trop difficile pour moi fut un défi, mais j’étais porté par la musique de Debussy, une des plus belles jamais composées. Le second était plus dans mes cordes, et Mozart est un régal à chanter et à jouer. On ne sait pas dans ce rôle ce qui est le plus important, le jeu ou la musique. Il faut tout faire à la fois. Se jeter à l’eau. J’aime aussi chanter des petits rôles dans de bonnes productions, comme ce fut le cas pour moi à l’opéra de Zurich. On y rencontre des chanteurs extraordinaires, et je peux y être à mon meilleur niveau, car j’ai moins de pression.

Vous avez été membre de la troupe de l’opéra de Lucerne. Pouvez-vous dire quelles sont les particularités du travail en troupe ?

Le travail de troupe est difficile mais nécessaire. C’est en montant sur scène presque tous les jours qu’on apprend à s’y sentir bien. Je suis un chanteur qui a le trac, rien de plus dur pour moi de ne chanter en public que de temps en temps ! C’est cela que j’aimais : le théâtre était comme ma seconde maison.

Pour en revenir au concert du 17 Mars 2007, l’oratorio de Noël de Bach : la musique chorale de Bach impose aux choristes un certain nombre de contraintes, d’accentuation par exemple, puisqu’il faut travailler dans la verticalité du contrepoint. De quelles libertés dispose le soliste pour sa part ?

On est plus libre comme soliste bien sûr. Mais ce qui est intéressant avec Bach, c’est de ne pas en faire trop. Tout y est. Il faut ouvrir les yeux et se mettre simplement « à disposition ». Cette liberté est donc aussi un piège, dans lequel il est difficile de ne pas tomber !

Que ressent un soliste lorsque après un air assez conséquent comme « Grosse Herr und strarker König », il voit au bas de la page... : « Da Capo » ?

Effectivement cet air est retors...Bach écrit pour les chanteurs comme pour les instrumentistes, et c’est un défi car la voix a ses contraintes. C’est impossible de rivaliser, comme dans cet air avec une trompette, et il ne faut surtout pas essayer ! J’essaie de penser à la reprise dès le début de l’air pour ne pas griller toutes mes cartouches avant la fin. Heureusement qu’il ne faut pas le chanter une troisième fois de suite !

Abordez-vous le récitatif d’opéra et le récitatif d’oratorio de la même manière ?

Il faut beaucoup plus d’imagination pour réussir un récitatif en concert. A l’opéra, on peut travailler une semaine sur une page avec le metteur en scène. Les gestes sont d’une grande aide. Au concert, il faut aller beaucoup plus vite, et dire des choses complexes tout en restant immobile. C’est plus difficile pour moi.

Je vois que depuis quelque temps, vous empruntez des voies nouvelles : la composition et la mise en scène. Interpréter donne t-il envie de créer ?

On ne sait jamais comment sa voix va évoluer, et il faut se diversifier, je crois, pour rester éveillé. Le chant m’a ouvert des portes. Ensuite, je ne fais que saisir des opportunités que l’on m’offre. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est le rapport de la scène et de la musique. Il y a plein de manières de s’en occuper : que je chante ou que je fasse autre chose, je fais exactement le même travail. En ce moment, je travaille en Allemagne comme assistant metteur en scène sur une œuvre que je ne pourrai jamais chanter (car je n’ai pas la voix pour ça) : Tristan et Isolde de Wagner. Un chef d’œuvre inouï. C’est une chance pour moi de me confronter, d’une manière ou d’une autre, à une œuvre pareille. J’ai aimé aussi travailler comme simple acteur, sans musique. Ce fut pour moi une sorte de révélation : trouver son propre tempo, et moins se cacher derrière sa voix.

Propos recueillis par Alexandra

 

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