MUSICA MEDIANTE
Accueil du siteARCHIVES Musica Media N° 1-8, par Alexandra MUSICA MEDIA N°6, septembre 2007
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jeudi 4 février 2016
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LA PAROLE AU DIRECTEUR MUSICAL : "Un Requiem théâtral"
mercredi 5 septembre 2007

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Pablo, qu’est-ce qui t’a motivé dans le choix du Requiem de Verdi et, au fond qu’est-ce qui te plait dans cette œuvre ?

C’est une des œuvres majeures de la musique chorale et instrumentale et c’est par rapport à une période particulière comme le romantisme ce qu’on peut trouver comme l’expression la plus aboutie dans la musique italienne. Plus spécifiquement, par rapport à Musica Mediante, en considérant la progression au niveau du répertoire, il fallait bien qu’un jour on puisse accéder à cette œuvre qui présente des difficultés techniques, mais surtout des défis quant à l’interprétation. Elle demande une extériorisation des émotions et des sentiments et exige de plus une capacité de théâtralisation. Il faut dire que Musica pour moi a toujours été pensé, tant que l’association existe, comme une progression qui nous permette d’aller vers des grandes œuvres qui justement nous confrontent du point de vue du style et de l’exigence à des défis toujours nouveaux. S’il y a quelque chose que je n’ai pu accepter d’imaginer, c’est que Musica se cantonne à un style particulier ; je conçois au contraire qu’on puisse parcourir, dans la mesure du possible, différents styles, différentes époques, depuis la Renaissance jusqu’au XX° siècle et pourquoi pas jusqu’au XXI° siècle.

Tu disais lors d’une répétition que pour bien la chanter, il fallait d’abord saisir le caractère de l’œuvre. Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur la manière dont tu conçois le ou les caractères de ce Requiem, en particulier le rôle du chœur, alors que les solistes y ont la part belle ?

Le Requiem, c’est une messe des morts avec un texte particulier, point à la ligne. Ensuite, ce que chaque compositeur fait de ce texte lui appartient et cela correspond à des besoins individuels et culturels spécifiques. Ce qui est justement intéressant, c’est de découvrir comment le compositeur a imaginé ce texte. Pour moi, Verdi apporte dans ce Requiem tout un bagage musical qu’il a façonné pendant des années. Il faut dire qu’il avait 61 ans lorsqu’il l’a écrit et qu’il a à son actif des quantités d’opéras. Ce Requiem est un requiem théâtral, c’est pour cela que j’insiste sur ce terme et les solistes y ont effectivement la part belle : c’est presque comme des airs d’opéra. Le chœur intervient pour colorer la pensée musicale, c’est un facteur de complément de ce que les solistes expriment, mais il peut aussi s’opposer : il y a parfois un certain décalage et même comme une espèce de distance du chœur par rapport aux solistes, où l’on dirait qu’il intervient comme un chœur de tragédie grecque, et qu’il a sa propre existence dans un moment particulier. Par exemple dans le « Dies Irae » pendant que la mezzo chante son air avec de grandes envolées mélodiques, le chœur intervient de manière très triste, très sombre, presque hiératique, décalé au niveau du rythme et de la pulsation.

Penses-tu que ce Requiem annonce ou s’inscrit dans quelque chose que l’on pourrait appeler la modernité ou bien qu’on reste strictement dans le cadre de l’esthétique romantique ?

L’œuvre répond à une esthétique vraiment présente et de ce pont de vue, Verdi n’a pas révolutionné ou changé de discours par rapport à ce qu’il avait fait précédemment. Le Requiem n’annonce pas un décalage ou un nouveau départ qui casse sa direction. Mais en même temps, je me dis que ces œuvres qui traversent les époques ont forcément un discours universel qui offrent un point d’identification malgré les époques et les changements. Si lutte entre le Bien et le Mal il y a, ou une manière théâtrale et hyper émotionnelle de vivre ses passions ou ses émotions, ou la crainte du passage entre la vie et la mort, peut-être que cela est permanent et c’est le propre de l’individu qui est toujours travaillé par les mêmes angoisses intérieurement. Peut-être que Verdi parvient à mettre en scène quelque chose qui appartient à n’importe qui et arrive à le faire vivre musicalement. De ce point de vue là, on peut dire que c’est la modernité, de même qu’ on peut se sentir proche aujourd’hui du Requiem de Mozart. Sinon, d’un point de vue musicologique, je ne pense pas que le Requiem de Verdi fasse rupture, mais peut-être par sa force expressive, il dépasse même certains de ses opéras, parce que c’est plus condensé et en même temps si fort. Il nous confronte à des émotions très différentes et mêmes opposées en peu de temps. C’est le propre de ces œuvres de génie qui ont réussi l’équilibre entre le fond et la forme et qui expriment quelque chose d’universellement nécessaire à nous, humains : on a tous besoin d’une manière ou d’une autre d’expressions qui peuvent nous rassasier, nous satisfaire vraiment, intérieurement et sensuellement. C’est pour cela que ces œuvres ont tellement de valeur, parce que leurs créateurs ont réussi cette alchimie qui fait qu’elles reflètent une partie de nous-même.

Nous sommes allés du Requiem de Mozart à celui de Verdi. Chez Mozart, la mort est seulement un passage qui ouvre à l’espérance et à la lumière. Chez Verdi, cette possibilité de l’espérance n’est-elle pas contrariée par un certain tourment intérieur ?

Le romantisme est un mouvement où l’individualisme a été poussé à des hauteurs incroyables, l’expression individuelle y est plus présente, soulignée avec plus de passion et d’ardeur. Alors, on peut imaginer beaucoup de choses...Dans le choix du « Libera me » par exemple, il est possible qu’on puisse déceler quelque chose de l’intention intime de Verdi. Qu’il ait besoin de cette prière, qui est tellement prise et par la soliste et par le chœur, de manière même dépouillée, mais tellement transparente et intense...est-ce qu’il y a là une demande personnelle de Verdi ?...peut-être.

Sais-tu si la collaboration avec les choristes de la Réunion va se renouveler ? Viendront t-ils à Clermont ?

Je ne peux pas m’avancer. Je pense que certains choristes de la Réunion viendront à Clermont et à Genève. Ce qui est clair, c’est que c’est une suite de ce que j’essaie de faire depuis des années : faire en sorte que les gens avec qui je travaille se rencontrent. J’ai besoin de me sentir un pont, de rapprocher les gens à travers la musique. Ce n’est même pas conscient, je fonctionne comme ça. Je pense que tout le monde y trouve son compte et sort enrichi de cette expérience.

CONCERT du REQUIEM de VERDI : LE SAMEDI 24 NOVEMBRE à 20h30 à la CATHEDRALE de CLERMONT-FERRAND.

RESERVATION DES PLACES à la FNAC et à L’ESPACE VICTOIRE (Office de Tourisme).

 

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